Notre chroniqueur littéraire est allé voir une pièce de théâtre qui l’a emballé. Il n’a pas résisté à l’envie de vous faire partager son enthousiasme.

Ce qui n’aurait pu être qu’une pièce sur la guerre et la séparation comme l’indique le titre L’Exil, est avant tout le trajet d’un refoulement qui cherche à se dire : le refoulement d’un jeune homme, Philippe de Presles, qui prend conscience que l’exil de son meilleur ami au front, Bernard Sénac, fait naître des sentiments autrement complexes et profonds que ceux d’une simple amitié d’enfance. On est chez Montherlant, et donc dans une vision désormais considérée comme surannée de l’homosexualité honteuse, jamais aucun mot explicite ne sera mis sur les sentiments de Philippe de Presles : le mot « désir » restera dans le silence, car loin d’être de l’amitié c’est bien de l’amour que nourrit Philippe pour Bernard. Cependant l’écriture du processus de révélation de soi, nourri par une tension dramatique puissante, dépasse le côté quelque peu désuet qu’on pourrait reprocher à Montherlant.

Si l’exil le plus transparent, c’est celui de l’autre, de Bernard parti au front, l’exil le plus intéressant qui va cristalliser les émotions du spectateur grâce au jeu remarquable du comédien principal, c’est celui des sentiments inavouables. La pièce repose donc sur cette tension du désir qui ne se dit pas mais essaie sans cesse de s’avouer, en vain, dans la bouche du personnage ; tension accrue dans les face-à-face avec Geneviève de Presles, mère possessive et castratrice qui retient, emprisonne son fils dans le salon familial et lui refuse d’éprouver son héroïsme et sa virilité aux côtés de son ami de toujours parmi les obus du front. Quant à l’image paternelle, forcément, elle est absente.

De ce huis clos à la mise en scène minimaliste – le décor inchangé sera tout du long le salon familial rythmé par le va-et-vient des différents personnages – , on ressort saisi, ému de constater que les plus grands exilés resteront les mots qui ne se disent pas. On ne saurait donc que trop recommander de se faire le spectateur de cette pièce qui nous livre le reflet d’un monde étroit qui terre les désirs profonds et obscurs, intolérables dans une époque hétéronormée.

Mention spéciale à Christophe Poulain qui incarne Philippe de Presles et à Marie-Hélène Viau, Mme de Presles qui ne quittent (presque) jamais la scène et portent littéralement la pièce sur leurs épaules.

Julien Marsay
julien@gaypodcast.fr

L’Exil, de Henry de Montherlant, au Théätre Mouffetard du 12 mars au 26 avril 2009. Mise en scène d’Idriss.

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